Chili : issue incertaine pour le second tour de la présidentielle

Vie, 12/15/2017 - 10:24 -- daniel.maureira

« C'est du vent ce que vous proposez ! » « Et vous, de la démagogie ! » Le dernier débat entre les deux candidats à la présidentielle, lundi soir à la télévision, n'a pas été tendre. Et pour cause : les sondages, qui donnent Alejandro Guillier et Sebastián Piñera au coude-à-coude ce dimanche ont fait monter la pression dans les camps des deux prétendants à la succession de Michelle Bachelet - la présidente socialiste  qui terminera en mars son second mandat , après avoir déjà gouverné de 2006 à 2010.

Alejandro Guillier, soutenu par la coalition de centre gauche au pouvoir, a rappelé lors du débat que « s'affrontent ici deux visions du Chili. » Le programme de cet ancien journaliste, qui s'inscrit dans la continuité des transformations économiques et sociales entamées par l'administration Bachelet, s'oppose de fait assez diamétralement à celui du milliardaire Sebastián Piñera. L'ex-président de droite (2010-2014) défend le modèle néolibéral du Chili, tout en promettant à son électorat conservateur de revenir sur les avancées sociétales du gouvernement sortant (ouverture des débats sur le mariage homosexuel, dépénalisation de l'avortement thérapeutique, etc.)

« La campagne de Piñera, c'est surtout du slogan », estime Antoine Maillet, professeur de sciences politiques à l'Université du Chili.  Les spots publicitaires qui répètent en boucle que 'vienen tiempos mejores' [des jours meilleurs vont venir, NDLR] promettent croissance et création d'emplois dans un Chili à l'économie en berne depuis deux ans. Pour Antoine Maillet, « c'est vrai que durant son premier mandat, il y a eu des créations d'emplois, mais rien ne permet d'affirmer que ce soit grâce à sa gestion. La croissance et l'activité ont surtout été relancées par le cours du cuivre », qui représente 50 % des exportations chiliennes. Celui-ci est d'ailleurs  sur le rebond et devrait tirer la croissance du pays vers le haut l'an prochain, quel que soit le président élu.

Report des voix

Avec ses 36 % obtenus au premier tour - soit 14 points de plus que son adversaire - on pourrait croire Sebastián Piñera confiant pour ce dimanche. Seulement, l'ex-président était crédité de bien plus, 40 voire 45 % des voix. Le 19 novembre, la surprise est venue de la gauche : Beatriz Sánchez, candidate du Frente Amplio - coalition de petits mouvements de gauche - a obtenu 20 % des voix. « Le Chili a connu d'importants mouvements sociaux cette année, et le Frente Amplio a su mettre ces revendications au sommet de son programme », explique le sociologue Vicente Espinoza.  La mobilisation contre les AFP , les fonds de pensions privés qui gèrent les retraites des Chiliens, a notamment été au coeur des débats de la campagne.

« La clé du second tour, c'est le report des voix, affirme Antoine Maillet, Piñera peut compter tout au plus sur une partie de celles de José Antonio Kast. » Le candidat d'extrême-droite, qui a fait 8 % au premier tour, s'était fait remarquer pour avoir assuré que si l'ancien dictateur Augusto Pinochet (1973-1990) « était vivant, il voterait pour [lui]. » Dans le camp d'Alejandro Guillier, on espère capter suffisamment de voix des électeurs du Frente Amplio pour égaliser et dépasser la droite, « ce qui n'est pas garanti », estime Vicente Espinoza, qui rappelle aussi que la forte abstention (53 % au premier tour) ne joue pas en faveur du candidat de centre gauche : « Il y a un sentiment de déconnexion entre la majorité des Chiliens et ceux qu'ils considèrent comme l'élite. Beaucoup estiment que leur vote ne changera rien. »

 
Aude Villiers-Moriamé